Traumatisme Cranien

Traumatismes Crâniens

Au Maroc les accidents de la voie publique sont un fléau et les personnes victimes de traumatismes crâniens (TC) sont nombreux (on ne dispose pas de statistiques fiables et précises).

CerveauEn France, on compte 12000 décès/an, 8000 à 10000 gardent des séquelles, 1800 perdent leur autonomie, les ¾ ont moins de 30 ans. La mortalité associée aux TC grâves est évaluée entre 10 à 30%, chez les survivants la morbidité (séquelles) varient entre 50 à 99%.

De nos jours, et au Maroc, on note l’insuffisance voir l’absence de structures spécialisées en rééducation des patients victimes de traumatismes crâniens, aussi bien sur le plan rééducatif que socioprofessionnel.

Une prise en charge efficace de ces blessés commence depuis le ramassage avec l'utilisation de tous les moyens nécessaires aux premiers soins d'urgence, à fin de prévenir l'aggravation des lésions sous jacentes.

En cas d’accidents graves, il est très délicat de définir au préalable la limite des soins médicaux de réanimation, il faut éviter l'acharnement et savoir prendre des décisions, certes difficiles sur le plan humain et familial, mais scientifiquement justifiées.

Rappels :

L'expression clinique des TC est très variable, la sévérité du TC passe de la simple commotion avec des symptômes transitoires jusqu'au décès. Les indicateurs les plus classiques de la sévérité du TC sont : le coma jugé sur le score initial de Glasgow (score supérieur ou égal à 12, ou une perte de connaissance moins de 20 mn : TC léger. Score inférieur à 8 ou nécessité d’une intervention neurochirurgicale urgente : TC grave), et l'Amnésie Post Traumatique (APT) plus de 24 heures : TC grave.

Les lésions axonales diffuses LAD : sont dues à la force d'accélération ou de décélération lors du choc, le diagnostic des LAD est histologique, lorsqu’elles sont importantes, elles deviennent visibles grâce à l'imagerie médicale (scanner et IRM). Des données scientifiques récentes suggèrent une sorte d’apoptose (mort programmée) des cellules cérébrales en réponse au traumatisme. Cliniquement l'expression des LAD se décompose en trois phases : un état d’inconscience immédiate, suivi d’une longue période de confusion mentale associée à une APT, et finalement la phase de récupération. L’importance et la densité des LAD déterminent en partie l’évolution clinique, en plus de la durée de l’APT (plus celle-ci est longue plus les séquelles seront importants), la durée du coma (proportionnelle à l’importance des séquelles), et le score de Glasgow (inversement proportionnel à la gravité des séquelles).

hématome extraduralLa souffrance cérébrale surajoutée du fait de l’hypoxie et de l’hypotension durant l’évolution immédiate après le TC, la survenue d’une hémorragie sous arachnoïdienne, la présence d’une contusion corticale avec un hématome extra ou sous dural, la survenue d'une complication lors du séjour en soins intensifs (méningite, hydrocéphalie, …etc.) sont aussi des facteurs qui interviennent pour établir un pronostic de récupération. De ce fait chaque patient traumatisé crânien est un cas à part, sachant que statistiquement il a été suggéré qu’il persiste un certain degré de séquelles motrices et/ou cognitives et/ou comportentales dans environ 10% des TC légers, 67% des TC modérés, et 100% des TC graves.

Il faut envisager le plutôt possible la réintegration dans le milieu socio familial avec une rééducation ambulatoire, les hospitalisations longues peuvent avoir un effet paradoxal, c'est à dire une stagnation des progrés, voir une régression.

Un cas particulier qui mérite d’être signaler, celui des blessés qui ont survécu à un TC sans séquelles motrices (pas de paralysie) mais qui gardent des séquelles dites cognitives : troubles de mémoires, de comportement, d'humeur, syndrome dysexécutif ... etc. Ces séquelles peuvent être très invalidantes dans la vie courante rendant impossible la reprise d'une activité professionnelle, éducative ou autres. Ces blessés ont du mal à faire reconnaître légalement leur souffrance, les progrès en neuro-radiologie (IRM fonctionnelle ou celle des fibres, PET scan) permettront dans le futur proche de mieux comprendre les anomalies à l’origine de ces séquelles, et de visualiser l’impact de la rééducation sur le rétablissement ou l’amélioration de ces fonctions.

Dans ce chapitre on développe les TC graves.

Phase d'éveil et de reprise de conscience :

Le mot coma est dérivé du grec comatos : sommeil profond, c’est un état de non-réponse, yeux fermés, et d’absence de conscience de soi même et de l’environnement.
La reprise de la conscience avec l’ouverture des yeux correspond à la fin du coma. Sur le plan anatomo-physiologique, il faut distinguer 2 composantes de la conscience :

- La conscience éveil, awakneness dans la terminologie anglo-saxone, qui se traduit par une ouverture des yeux et témoigne du re fonctionnement de la formation réticulée activatrice du tronc cérébral et de ses projections au niveau du thalamus.

- La conscience de soi et de l’environnement ou l’éveil relationnel, awareness dans la terminologie anglo-saxone, est appréciée de façon indirecte par des réponses comportementales à des ordres plus au moins complexes. Cette conscience relève d’une activité thalamo-corticale avec mise en jeu de réseaux neuronaux largement distribués.

Phase éveilEn l’absence de complications, le coma persiste rarement au-delà d’un mois. L’ouverture spontanée des yeux correspond à un éveil végétatif qui peut durer quelques heures, quelques jours, quelques semaines ou mois, voir s’avérer définitif. C'est une phase où le patient est incapable de comprendre et de participer à un programme de rééducation.
L’éveil relationnel peut être plus difficile à mettre en évidence, il faut être un observateur attentif, le suivi du regard est souvent l’un des premiers signes d’éveil relationnel, il peut s’agir également de réactions émotionnelles comme un sourire ou des pleurs. Il existe un certain nombre d’échelles pour suivre l’évolution de la conscience, la plus utilisée en raison de sa simplicité, est l’échelle de Glasgow pour les comas.

Modes d’éveil :

Les processus neurophysiologiques de l’éveil du coma et de la reprise de conscience sont encore mal connus.
Deux types d’évolution sont classiquement observés : l’éveil calme et progressif où l’ouverture des yeux est suivi rapidement d’une réponse aux ordres simples avec enrichissement progressif de la motricité et retour à une communication verbale rapidement appropriée. L’éveil agité avec confusion et agitation au premier plan.
La désorientation dans le temps et dans l'espace est un symptôme quasi constant, elle génère une angoisse et une confusion, celle-ci se manifeste par un discours abondant plein de répétitions mais peu adapté. A plus long terme l’évolution est surtout conditionnée par des séquelles neuropsychologiques et comportementales.

Plan BobathIl est parfois nécessaire d’avoir recours à des médicaments psychotropes pour gérer l’agitation psychique ou les crises d’angoisse importante durant la phase d’éveil, sauf que le choix de la classe thérapeutique doit obéir à des règles strictes, à savoir éviter les médicaments dont l’effet néfaste sur la plasticité cérébrale a été démontré (certains tricycliques comme l’Amitryptiline, certains neuroleptiques comme l’Haloperidol, et certains anxiolytiques ou anti-épileptiques comme le Diazepam , le Phénobarbital et la Phenitoine).

Deux cas particuliers :

- L’état végétatif ou état d’éveil sans conscience, marqué par une ouverture des yeux avec des cycles veille-sommeil sans signe d’éveil relationnel, à savoir, la non réponse à l’ordre simple verbal ou moteur et l’absence de toute expression spontanée reproductible pouvant faire penser qu’il existe une perception de soi même et de l’environnement, ce type d’état est plus fréquent en cas de lésions cérébrales d’origine anoxique que traumatique.

ballon klein- L’état pauci relationnel ou hypo relationnel (minimally consious state) concerne des patients sévèrement déficitaires dont les réponses sont inconstantes mais reproductibles, et le comportement témoigne d’une conscience de soi et/ou de l’environnement (verbalisation intelligible, manifestations affectives appropriées ou fixation et suivi du regard adaptés). Il n’existe pas de lésions cérébrales spécifiques de cet état clinique, de même que l’évolution naturelle à long terme de ces patients est imprévisible et n’a pas encore fait l’objet d’études systématiques. Le mutisme akinétique est une situation particulière de l’état pauci relationnel.IRM fonctionnelle

La phase d’éveil se déroule forcément dans une unité spécifique, au sein d'une structure spécialisée en rééducation des TC (service hospitalier ou centre), sa durée est variable, de quelques jours à quelques mois.
La présence humaine particulièrement l'entourage familier (proches, amis, …etc.) est obligatoire et doit être stable, durable, affective et spontanée, mais sans jouer le rôle du thérapeute.
A côté des soins de nursing qu’on ne va pas détailler malgré leur importance primordiale dans une prise en charge globale, La rééducation commence par la stimulation multi sensorielle dans un environnement personnalisé, on choisi les stimulations avec la famille en fonction de l'histoire du blessé. Ces stimulations sont pratiquées sur des lieux et à des temps variés en respectant l'état physique et psychique du blessé. Quotidiennement le blessé quitte sa chambre pour rejoindre le plateau technique de rééducation, celui-ci est organisé en différents ateliers (d'orientation, de communication, d'activité gestuelle, de mobilisation globale ...etc.).
Equilibre sur 4 membresToute acte de rééducation doit aboutir à une réaction de motivation et de plaisir, cela n’est pas une tâche facile si le patient présente une certaine labilité émotionnelle avec trouble de comportement, ou des séquelles de réanimation qui le gênent (douleurs dues à l'escarre ou à un ostéome par exemple).

Trouble schéma corporelLa rééducation est multidisciplinaire, elle fait appel à la neuropsychologie, l’orthophonie, la kinésithérapie, et l’ergothérapie, elle est schématiquement axée sur l’optimisation des capacités motrices et fonctionnelles (autonomie pour les activités de base) d’une part, et le rétablissement des fonctions supérieures (travail de la mémoire, du langage, des fonctions exécutives, gnosiques, et praxiques. Etablir un moyen de communication si langage défaillant, contrôle des émotions …etc.)

Progressivement les échanges relationnels qui s’améliorent permettent au patient de se situer dans une phase dite de rééducation « active » dont le but est de récupérer les capacités de vivre et de travailler indépendamment des autres, avec un bien être physique et psychologique. En effet, certains patients gardent une dépendance humaine ou matérielle pour réaliser certaines activités, il persiste malgré tout, une hémiplégie, une diplégie, une monoplégie, un trouble d’équilibre, un syndrome cérébelleux, un trouble de coordination motrice, un trouble de langage, un déficit d’attention, un trouble de comportement …etc. Cette notion de rééducation dite active n'est pas adaptée, elle donne l’impression comme si à la phase initiale d’éveil, l'attitude des thérapeutes est réservée pour ne pas dire passive, ce qui complètement faux, et les médecins MPR ont parfaitement conscience de l’importance de la précocité d’une rééducation multidisciplinaire bien élaborée, pour prévenir des séquelles souvent gênantes pour la suite de la prise en charge.

Tout travail scientifique doit avoir des outils d’évaluation, en matière de rééducation des TC, il existe une batterie de tests qu’on réalise régulièrement, et depuis quelques années on se penche vers des tests dits écologiques (évaluer le patient traumatisé crânien en situation réelle de vie quotidienne). Ces tests semblent plus sensibles dans l’appréciation des difficultés liées aux séquelles cognitives (syndrome dysexécutif), mais nécessitent beaucoup plus de temps et de personnel à leur réalisation.

Phase de réadaptation réinsertion socio familiale et professionnelle :

reinsertion professionnelleElle se situe à quelques semaines voir quelques mois après l’accident, elle se chevauche avec la phase précédente par les permissions thérapeutiques les week-end durant lesquelles le patient est mis en situation non médicalisée et confronté à la réalité quotidienne avec toutes ses contraintes. Dans certains pays, on a procédé à l’instauration d'unités médico-sociales qui vise l’insertion sociale et professionnelle précoce des patients victimes de traumatismes crâniens, ou présentant des séquelles permanentes de maladies invalidantes. Ces unités sont organisées en réseaux sur le territoir national et implantées dans des centres de rééducation. (Exemple en France du réseaux COMETE : COMmunication, Environnement, Tremplin pour l'Emploi).

Pour plus d'informations sur les TC vous pouvez consulter différents sites d'associations dédiées à ce sujet, entre autres, le site de l'union nationale des Associations de Familles de Traumatisés Crâniens. Traumatic Brain Injury Survivor's est un livre qui racconte les histoires de certains survivants aux TC.


Vous pouvez lire aussi :

Les traumatismes câniens graves du Dr. Paul Gros, la rééducation du syndrome dysexécutif en ergothérapie de Chantal Taillefer, Motor control and learning principales for rehabilitation of upper limb movements after brain injury de Winstein Carolee et al.

Mise à jour 28/08/2008. ©Dr. BENYAHYA Rachid