On connaissait l’effet de la Toxine Botulique (TB) sur l’organisme humain dès la fin 18ème début 19ème siècle et ce, suite à des intoxications alimentaires en Allemagne par des saucisses, et en Russie par du poisson fumé. On parlait à l’époque de la maladie des « saucisses empoisonnés ». (Botula en latin : boyau ou saucisse).
L’agent pathogène secrétant la toxine en question était isolé : un bacille gram positif anaérobie strict et sporulé, avec plusieurs souches dont les plus importantes sont les souches type A et type B.
Les manifestations cliniques d’une intoxication alimentaire par la
TB apparaissent souvent entre 12 à 36 heures, peuvent être précoces
(2 heures) ou tardives (8 jours) selon la quantité de toxine ingérée.
Il s’agit de symptômes liés essentiellement à une
action anticholinergique (voir mode d’action) :
- Troubles digestives (nausées vomissements, crampes abdominales).
- Paralysies flasques des nerfs crâniens (paralysie faciale, paralysie
oculomotrice et d’accommodation avec vision floue et double, paralysie
oropharyngée avec trouble de phonation et de déglutition, sécheresse
conjonctivale et buccale due à une paralysie des nerfs parasympathiques
destinés aux glandes).
- Dysautonomie : trouble de rythme cardiaque, constipation et rétention
d’urine.
Pas de fièvre, ni de trouble de conscience, ni de manifestations méningées.
La paralysie dure plusieurs semaines, la mortalité en situation normale
est de 2 à 10%, elle est liée surtout aux complications respiratoires.
La deuxième guerre mondiale était l’occasion de la fabrication et de l’utilisation de la toxine botulique comme arme biologique.
L’utilisation à visé thérapeutique n’a pu avoir lieu qu’après l’obtention de l’autorisation américaine de la FDA (food and drugs administration) en 1978 pour la réalisation de travaux scientifiques menés par ALAN B. SCOTT et SCHANTZ. Ces travaux étaient axés, dans un premier temps, sur le traitement du strabisme. Se sont succédé par la suite, de nombreux travaux scientifiques sur l’utilisation de la TB dans diverses situations (esthétique, dystonies, hyperactivité musculaire dans les maladies neurologiques, achalasie, fissures anales, torticolis spasmodique, hyperhidrose …etc.).
La
toxine botulique agit en pré synaptique en empêchant
l’exocytose vésiculaire, donc la libération dans
la fente synaptique de neurotransmetteurs particulièrement
l’Acétylcholine, réalisant ainsi un blocage de la transmission
nerveuse. Au niveau du muscle strié, le blocage de libération
de l’acétylcholine entraîne une paralysie.
Pour en savoir plus vous pouvez consulter le site : http://neurobranches.chez-alice.fr/.
La toxine botulique est utilisée comme un traitement local de l’hyperactivité musculaire (ou spasticité), le but est d’améliorer une fonction comme la marche en réduisant un pied varus et/ou équin spastique, la préhension, le stockage et l’évacuation d’urine, ou d’obtenir le confort du patient (réduire les fuites d’urines liés à l’hyperactivité du détrusor, permettre un chaussage confortable ou une meilleure ouverture de la main en vue d’une bonne hygiène, réduire les douleurs liées la mise en situation non physiologique de certaines articulations).
D’autres études sont en cours pour diversifier les indications thérapeutiques en médecine physique.
En médecine physique on a recours essentiellement à la toxine
botulique de Type A qui a une action supposée plus
importante et plus durable que la toxine de type B.
Les produits classiques commercialisés en Europe et surtout en France
sont :
- Botox® 50U et 100U, Toxine de type A du laboratoire Allergan.
- Dysport® 50U speywood, Toxine de type A du laboratoire Ipsen-Beaufour.
- Neurobloc® toxine de type B du laboratoire Zeneus-Pharma.
- Vistabel® 50U, toxine de type A du laboratoire Allergan.
Attention : les unités mentionnées sur les
produits de laboratoires différents ne sont pas équivalentes
(100 U Botox n’est pas égale à 100 U Dysport). Seul le
médecin est en mesure de choisir la nature et le dosage du produit
à utiliser en fonction de ses connaissances et de son expérience.
Ces produits sont conservés à l’abri de la lumière
dans leurs flacons en verre et leurs emballages, au réfrigérateur
à une température entre +2°c et + 8°c.
En raison des contraintes multiples et surtout économiques imposées
par l’utilisation de la TB à visée thérapeutique,
la première étape pour un médecin de rééducation
qui envisage de traiter l’hyperactivité musculaire gênante,
est de s’assurer de la pertinence de l’indication, en ayant en
parallèle les moyens recommandés pour évaluer l’efficacité
de ce type de traitement.

Le premier outil d'évaluation est l’examen clinique dans un
cadre multidisciplinaire, il faut préciser le souhait du patient et/ou
de son entourage, expliquer l’objectif de l’injection et son déroulement,
ne pas hésiter à réaffirmer les limites de ce traitement
à savoir sa durée d’action et le fait qu’il ne permet
aucunement de récupérer une paralysie définitive et stable,
même s’il peut laisser croire à cet effet en démasquant
une motricité faible et bridée par la spasticité des
muscles antagonistes.
Il existe des moyens d’évaluation par questionnaires ou par appareils
(vidéo caméra, plateau d’analyse de la marche, outils
d’ergothérapie …etc.), une part de la subjectivité
peut interférer dans l’évaluation du résultat thérapeutique,
et elle est d’origine multiple.


Les injections se font lors d’une hospitalisation ou en ambulatoire,
le patient ou son tuteur signe un consentement éclairé expliquant
les modalités de ce type de traitement. Les injections de TB sont réalisées
avec asepsie et sous guidage électromyographique pour être sûr
qu’on se trouve au niveau ou au voisinage de la plaque motrice, en effet
la paralysie induite par la TB est en relation directe avec la distance par
rapport aux plaques motrices : une variation de 5 mm peut entraîner
une différence d’effet de 50%.
La diffusion de la TB type A en intramusculaire est limitée à
1 ou 2 cm du point d’injection, elle est proportionnelle à la
dose injectée. Aucune diffusion systémique ni encéphalique.
La dilution se fait avec du sérum physiologique Nacl 0,9%, 1 ml par
25 U Botox et 200 U Speywood de Dysport, des dilutions plus importantes auraient
un effet plus marqué selon Gracies (2002) sur la spasticité
du biceps brachial, mais Lee LR (2004) n’a pas rapporté de différence
thérapeutique entre deux dilutions chez l’enfant IMC.


Avant l’âge de 7 ans, le traitement de la spasticité par
toxine botulique des membres inférieurs est une indication fréquente,
il vise l’amélioration du confort et la qualité de la
marche. Il s’agit souvent d’injections multi sites d’emblée
dont il faut préciser l’ordre de priorité. On utilise
de la toxine Type A, la dose maximale par séance à respecter
est de 350 U Botox ou 1500 U Dysport. La dose maximale par site d’injection
est de 50 U Botox ou 250 U Dysport. Une prémédication de l’enfant
est nécessaire, voir une anesthésie générale pour
l’injection du muscle psoas.
Fréquence d’utilisation : tous les 6 à
12 mois, en fonction de la durée d’action et de l’efficacité.
Parfois, on a recours à l’appareillage ou à l'électrostimulation
après l'injection de toxine pour optimiser le résultat.
L’objectif des injections de toxine botulique chez les enfants IMC est de retarder les interventions tendineuses de la petite enfance, et de limiter l’importance du geste chirurgical à long terme, notamment sur les déformations osseuses.
En médecine physique, l’action thérapeutique recherchée de la TB est la réduction voir la disparition de la spasticité gênante, mais l’effet souhaité est limité dans le temps et dans l’espace. Cette limitation est due à un phénomène de poussée de collatéralité (sprouting) : bourgeonnement des terminaisons nerveuses et restauration des synapses. Par ailleurs, les injections répétées peuvent induire une immunisation qui empêcherait la TB d’être efficace au fur et à mesure, il semble que chez l’enfant il existe un effet thérapeutique résiduel permettant de réduire les doses des injections successives.
Pour réduire le risque de résistance au traitement par TB il
faut :
- Que les injections soient moins fréquentes que possible, jamais en
dessous de 3 mois entre deux injections.
- Utiliser la plus petite dose efficace (chez l’adulte le maximum des
doses par séance est de 300 U Botox et 1500 U Dysport).
- Cibler des zones riches en plaques motrices, et le centre de la plaque.
- Utiliser des produits dont l’origine est sûre et contrôlée
(attention aux achats par Internet).
- Utiliser la même spécialité chez le même malade.